Le second gouvernement de Rouhani à l’épreuve du Parlement
28 August, 2017
Trois mois après la réélection d'Hassan Rouhani à la présidence de la République islamique d’Iran, ce dernier a présenté son gouvernement au Majlis. Le 20 août dernier, le parlement iranien a approuvé 16 ministres sur les 17 candidats présentés par le chef du gouvernement. Rouhani a également nominé cinq vice-président-e-s. Lettres Persanes, dans une série d’article, vous présente le cabinet avec un focus spécial sur l’économie et les affaires étrangers.
Roohollah Shahsavar | Photo: Jamal Rahmati - Etemad

Après un marathon de cinq jours de débat parlementaire, 16 ministres sur 17 candidats présentés par Hassan Rouhani ont obtenu le feu vert du Majlis. Ils devront se préparer aux réunions du gouvernement qui ont lieu traditionnellement le dimanche et le mercredi. Selon la constitution de la République islamique, le Président doit présenter son gouvernement au Parlement. Les députés discutent sur chacun des ministres, au cas par cas. Ils approuvent (ou désapprouvent) les ministres présentés suite à un vote pour chaque candidature.

Malgré un parlement plutôt favorable à l'orientation politique de Rouhani, le deuxième gouvernement du Président iranien a rencontré quelques difficultés, et connu quelques surprises également pendant les votes : tant sur le débat public autour du jeune ministre de la Communication, que sur le vote écrasant en faveur du ministre de l’Intérieur, sans oublier le vote de sanction contre le candidat pour le ministère de l’Energie.

Enfin un ministre né après la Révolution

Le débat autour de Mohammad Javad Azari Jahromi, le jeune candidat pour le ministère de la communication, a suscité beaucoup d’agitation à l’hémicycle du Majlis, mais aussi dans la presse iranienne et les réseaux sociaux.

Né en 1982, il est le pur produit de l’ère post-République islamique de 1979 et est tout simplement devenu le tout premier ministre né après 1979, tous gouvernements iraniens confondus. Pour autant, ce n'est pas tant son âge qui a fait débat que son implication présumée dans la répression d'activistes politiques pendant une vague de contestations contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en 2009 : un séisme politique qui avait secoué les institutions politiques de la République islamique de l’Iran.

Mohammad Javad Azari Jahromi, ministre de la Communication - Photo : Akbar Tavakkoli - IRNA

Certains activistes anonymes ont accusé Azari Jahromi d'avoir collaboré avec le système de répression de l’administration Ahmadinejad lors qu’il était en mission auprès du ministère du renseignement. C'est sans doute ce qui explique que le jeune candidat a obtenu une petite approbation des députés.

Avec seulement 152 voix favorables sur l’ensemble des 290 députés, il a obtenu la plus faible confiance par rapport aux autres ministres approuvés par le Parlement. La double surprise dans cette affaire était la contestation d’un certain poids lourd des conservateurs contre le candidature d’Azari Jahromi.

Un ministre peu populaire mais bon lobbyiste

Rahmani Fazli, le ministre de l’Intérieur, était l’un des hommes les plus critiqués du premier gouvernement Rouhani. Ce ministre est par ailleurs réputé proche d’Ali Larijani, le président du Parlement iranien. D’après Ali Motahari, le vice-président du Majlis, la nomination de Rahmani Fazli est justement le résultat d’un compromis entre Rouhani et Larijani afin de garantir le soutien de ce dernier pour le gouvernement. Une charge rejetée par le président du parlement. Le ministre a malgré tout été reconduit à son poste avec 250 votes d'approbation.

 

Le cas improbable de ministre de l’énergie

Alors que 142 députés se sont inscrits pour soutenir sa candidature, Habibollah Bitaraf a pu obtenir seulement 133 voix, passant ainsi sous le seuil des 50% de votes favorables. 

Tandis que le profil de ce dernier était le plus politisé, notamment à cause de sa place importante au seine des forces réformistes, beaucoup d’observateurs estiment que son élimination est d'abord liée à des raisons régionales propres au pays.

Habibolah Bitaraf, Photo : ANA

« Les députés de la province de Khouzestan [dans le sud-ouest du pas] avaient des critiques à l’égard de M. Bitaraf lorsqu’il était ministre de l’Energie entre 1997 et 2005 », explique un député au journaliste de journal Shargh. « Le débat n’était pas politique, mais plutôt régional », poursuit-il.

Un député réformiste, interviewé par l'agence de presse ISNA, pense que M. Bitaraf « n’était pas assez motivé pour ce poste » faisant allusion au manque de lobbyisme de ce dernier dans les coulisses du Majlis.

Dès la publication de nom de Habibollah Bitafar comme le candidat du ministère de l’Energie, certains activistes et défenseurs de l’environnement ont contesté cette candidature. Ils appuyaient sur le bilan de l’ancien ministre notamment en matière de construction massive des barrages sur certaines flottes en Iran. Ils pensent que ses opérations auraient eu des conséquences environnementales dans l'ouest et le sud-ouest du pays. Exemple avec la province de Khouzestan qui souffre de la sècheresse, et en même temps, est exposée aux tempêtes géantes de sable provenant de l’Irak.

Le candidat pour le ministère de l’Energie n’a pas cédé aux pressions d’un nombre important de députés qui lui demandaient de revoir son programme. « M. Bitaraf ne s’est pas permis de donner des rançons contre ses convictions professionnelles et scientifiques », affirme Mahmoud Sadeghi, le député réformateur sur son compte Twitter.

Coincé entre les attentes régionales d’un côté et les confrontations politiques de l’autre, ce poids lourd de Rouhani se voit donc éliminé par un Parlement au rapport de force pourtant favorable. 

Le rapport de force au Majlis

Le Majlis, plutôt favorable au camps des réformistes et les modérés, est divisé en trois grandes factions : 1- les réformistes ; 2 – les indépendants et modérés ; 3 – les conservateurs.

Les réformistes issus de la liste de « L'espoir » mené par ancien Présidant iranien Mohammad Khatami, sont sortis vainqueurs des dernières élections législatives de février 2016. Mais ils ne dominent pas le Parlement sans compter sur des alliances.

Les « indépendants », proches d’Ali Larijani, avec environ une centaine de députés sont la deuxième force du Majlis. Quant aux conservateurs, malgré leur minorité relative, ils arrivent eux aussi à jouer un rôle décisif. Exemple avec la présidence d’Ali Larijani qui est le fruit de cette coalition occasionnelle entre les conservateurs et les indépendants. L’élimination de Habibollah Bitafar, le faible score du ministre réformiste à l’Agriculture, Mahmoud Hojjati, avec seulement 164 voix sur 290, montre le poids de cette coalition réunie contre les candidats des réformistes.

 Le positif pour les réformistes est qu'en configuration " normale ", ils seront plus puissants que l’ensemble de deux autres factions du Majlis. Il suffirait d'un peu de lobbying pour gagner les voix d’un certain nombre de députés qui ne figurent parmi aucune des trois grandes factions. Mais lorsque les choses se compliquent politiquement, les réformistes n’arrivent pas à afficher un front soudé contre leurs adversaires. La cause principale : manque de leadership efficace.

Roohollah Shahsavar
Fondateur et directeur de la publication de Lettres Persanes
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